Posséder un immeuble à revenus au Québec est une excellente stratégie de création de patrimoine, mais c’est aussi une responsabilité légale et humaine qui ne s’improvise pas. La relation entre un propriétaire et ses locataires est encadrée par un des régimes de protection locataire les plus complets en Amérique du Nord. En 2026, les règles ont continué d’évoluer, les délais au Tribunal administratif du logement (TAL) se sont allongés, et les attentes des locataires sont plus élevées que jamais.
Que vous soyez propriétaire d’un duplex que vous habitez, d’un triplex géré à distance ou d’un portefeuille de plusieurs immeubles, comprendre vos droits et vos obligations est la fondation d’une gestion locative saine et rentable. Chez Murray Immeubles, nous accompagnons des propriétaires bailleurs à travers les réalités quotidiennes de la gestion locative au Québec. Voici ce que vous devez maîtriser en 2026.

Le bail résidentiel au Québec : la base de toute relation locative
Le bail résidentiel au Québec est un contrat standardisé dont le formulaire officiel est produit par le Tribunal administratif du logement. L’utilisation de ce formulaire n’est pas obligatoire en théorie, mais elle est fortement recommandée car elle intègre automatiquement toutes les clauses légalement requises et protège les deux parties en cas de litige.
Un bail résidentiel québécois valide doit notamment préciser l’adresse exacte du logement loué, le montant du loyer mensuel, les services et équipements inclus dans le loyer (chauffage, eau chaude, stationnement, électroménagers), la durée du bail et les dates de début et de fin, ainsi que les conditions de renouvellement.
En 2026, la section G du bail — qui concerne les informations sur le loyer le plus bas payé au cours des 12 derniers mois — demeure une obligation légale importante. Omettre de remplir cette section correctement peut avoir des conséquences significatives : le locataire peut contester le loyer initial devant le TAL dans les dix premières semaines du bail et obtenir une réduction si le loyer demandé est jugé excessif par rapport au dernier loyer payé.
Il est également crucial de remettre au locataire une copie signée du bail dans les 10 jours suivant la signature. Cette obligation, souvent négligée par les propriétaires novices, peut sembler anodine mais elle a une importance légale réelle en cas de litige ultérieur.
Les obligations fondamentales du propriétaire bailleur
Le Code civil du Québec impose au propriétaire bailleur un ensemble d’obligations non négociables envers ses locataires. Ces obligations existent indépendamment de ce que le bail stipule — elles s’appliquent même si le bail tente de les écarter.
La première et la plus importante est l’obligation de délivrer un logement en bon état d’habitabilité. Cela signifie que le logement doit être propre, sécuritaire, et exempt de problèmes qui pourraient affecter la santé ou la sécurité des occupants au moment de la remise des clés. Un logement infesté de vermine, présentant des problèmes d’humidité importants ou comportant des installations électriques dangereuses ne respecte pas cette obligation, peu importe le loyer demandé.
La deuxième obligation est celle de maintenir le logement en bon état de réparation tout au long du bail. Les réparations urgentes — une fuite d’eau, une panne de chauffage en hiver, une porte qui ne se verrouille plus — doivent être traitées sans délai. Les réparations non urgentes doivent être réalisées dans un délai raisonnable après que le locataire en a avisé le propriétaire, de préférence par écrit.
La troisième obligation concerne le chauffage. Au Québec, lorsque le chauffage est inclus dans le loyer, le propriétaire doit maintenir une température minimale adéquate dans le logement pendant la saison froide. Les normes varient selon les municipalités, mais la plupart exigent un minimum de 21°C dans les pièces habitables.
La quatrième obligation est de respecter la jouissance paisible du logement par le locataire. Cela signifie que vous ne pouvez pas entrer dans le logement sans le consentement du locataire, sauf en cas d’urgence. En règle générale, un préavis écrit d’au moins 24 heures est requis pour toute visite planifiée, et cette visite doit avoir lieu à une heure raisonnable.
Les droits du propriétaire bailleur : ce que vous pouvez légalement faire

Si les obligations du propriétaire sont nombreuses, ses droits le sont tout autant. Connaître vos droits est essentiel pour gérer vos immeubles de façon équilibrée et pour vous défendre efficacement en cas de litige.
En matière d’augmentation de loyer, vous avez le droit d’augmenter le loyer à chaque renouvellement de bail, en respectant les délais de préavis prévus par la loi (entre 3 et 6 mois avant la fin du bail selon sa durée). Depuis 2024, le TAL publie chaque année des taux de fixation indicatifs qui servent de référence pour évaluer le caractère raisonnable d’une augmentation. Ces taux ne sont pas des plafonds — ils sont des guides — mais le locataire peut contester toute augmentation devant le TAL s’il la juge excessive.
En matière de reprise de logement, vous avez le droit de reprendre possession d’un logement pour vous y loger ou pour y loger un membre de votre famille proche (conjoint, enfant, parent, etc.), sous réserve de respecter les conditions et les délais prévus par la loi. En 2026, les règles encadrant la reprise de logement et l’éviction pour subdivision ou agrandissement restent très strictes au Québec, et toute erreur de procédure peut entraîner l’annulation de votre avis et des recours de la part du locataire.
En matière de non-paiement de loyer, vous avez le droit de déposer une demande au TAL dès le premier jour de retard. La procédure est relativement simple mais les délais d’audition peuvent être longs. C’est pourquoi il est fortement recommandé de maintenir un fonds de réserve pour absorber les périodes de non-paiement en attendant une décision du tribunal.
En matière de sélection des locataires, vous avez le droit d’exiger des références, une preuve de revenus et une vérification de crédit avant d’accepter un locataire. Cependant, vous ne pouvez pas refuser un locataire sur la base de critères discriminatoires protégés par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, notamment la race, la religion, le sexe, l’orientation sexuelle, le handicap ou la situation familiale.
La sélection des locataires : l’étape la plus importante
La grande majorité des problèmes qu’un propriétaire rencontre avec ses locataires trouvent leur origine dans une mauvaise sélection initiale. Prendre le temps de bien sélectionner vos locataires est l’investissement préventif le plus rentable que vous puissiez faire.
Un processus de sélection rigoureux comprend une vérification de crédit (avec le consentement écrit du candidat), une vérification des références auprès des propriétaires précédents, une validation des revenus (les fiches de paie, lettres d’emploi ou avis de cotisation sont des documents utiles), et une rencontre en personne ou par vidéoconférence pour évaluer le sérieux du candidat.
La règle générale recommandée est que le loyer ne devrait pas dépasser 30 % à 33 % des revenus bruts mensuels du locataire. Un locataire dont le revenu mensuel est de 3 000 $ brut ne devrait idéalement pas payer plus de 900 $ à 1 000 $ de loyer pour maintenir un budget équilibré.
Documentez tout. Conservez les formulaires de demande de location, les autorisations de vérification de crédit, les résultats des vérifications et les échanges de courriels liés à la sélection. En cas de litige futur, cette documentation peut s’avérer précieuse.
Les augmentations de loyer en 2026 : comment procéder correctement
L’augmentation de loyer est l’un des aspects les plus délicats de la relation propriétaire-locataire au Québec. Une mauvaise procédure peut invalider votre avis et vous priver de l’augmentation pour toute une autre année de bail.
Pour les baux d’un an (le type le plus courant), l’avis d’augmentation de loyer doit être envoyé entre 3 et 6 mois avant la date de renouvellement du bail. Cet avis doit être rédigé sur le formulaire officiel du TAL ou sur un formulaire qui contient toutes les informations requises : le nouveau montant du loyer proposé, la date d’entrée en vigueur de l’augmentation, et la mention que le locataire a le droit de refuser l’augmentation dans le délai prévu.
Le locataire dispose d’un délai d’un mois suivant la réception de l’avis pour refuser l’augmentation ou pour aviser qu’il quittera le logement. S’il ne répond pas dans ce délai, il est réputé avoir accepté les nouvelles conditions. Si le locataire refuse l’augmentation et décide de rester dans le logement, vous pouvez soumettre une demande de fixation de loyer au TAL, qui déterminera le loyer applicable selon ses critères.

Quand et comment faire appel au Tribunal administratif du logement
Le Tribunal administratif du logement (TAL) est l’instance qui tranche les litiges entre propriétaires et locataires au Québec. En 2026, les délais d’attente restent un défi majeur — plusieurs mois peuvent s’écouler entre le dépôt d’une demande et l’audition, selon la nature du litige et le district judiciaire concerné.
Les situations les plus fréquentes qui amènent un propriétaire à déposer une demande au TAL sont le non-paiement de loyer, les dommages causés par le locataire au-delà de l’usure normale, les troubles de jouissance causés à d’autres locataires ou au voisinage, et la récupération du logement pour reprise ou éviction.
Pour toute demande au TAL, la documentation est votre meilleure alliée. Conservez systématiquement les copies de tous les baux signés, les avis envoyés et reçus (avec preuves d’envoi), les reçus de paiement de loyer, les rapports d’inspection et les photos de l’état du logement à l’entrée et à la sortie de chaque locataire, ainsi que les échanges écrits avec les locataires concernant des problèmes ou des demandes.
Pour les propriétaires qui préfèrent déléguer la complexité opérationnelle et juridique de la gestion locative, Frédéric Murray Management offre des services de gestion complète qui incluent la sélection des locataires, la rédaction des baux, le suivi des paiements et la gestion des demandes de réparation. Pour explorer des opportunités d’acquisition d’immeubles bien gérés sur le marché québécois en 2026, les équipes de Murray Immeubles et de Frédéric Murray Immeubles demeurent vos partenaires de confiance.
Être propriétaire bailleur au Québec en 2026 demande de la rigueur, de la patience et une bonne connaissance du cadre légal. Mais pour ceux qui s’y préparent sérieusement, c’est une activité profondément gratifiante — financièrement et humainement.


